CAO 674

HISTOIRE ET PHILOLOGIE DE LA CHINE CLASSIQUE (*)

Directeur d’études : Jean-Pierre Diény

Dans quelle mesure, lorsqu’on étudie une époque qu’illustrent à la fois ses annales et ses poèmes, comme la période Jian’an de la fin des Han, est-il légitime de tirer de ces deux genres littéraires un commentaire mutuel? Pour répondre à cette question, posée au début de l’année précédente à propos de l’œuvre de Cao Cao (155-220), nous avions entrepris une double étude des caractères propres du travail historique et de la création poétique à cette époque. En examinant les modes de liaison et les schémas qui organisent dans le Sanguo zhi l’agencement du récit, nous avions établi que la relation historique, au IIIe siècle, ne pouvait être tenue pour une simple compilation de documents, et qu’il était imprudent de l’exploiter comme telle. Cette année, nous avons voulu mettre en évidence les interventions de l’historien, non plus dans la construction de son ouvrage, mais dans l’élaboration des éléments qui le composent.

La seule « intrusion » d’auteur communément admise, et ouvertement avouée, est celle du jugement (appelé ping dans le Sanguo zhi) qui termine chaque chapitre, et dont la forme tranche sur le style de la narration. En fait, il existe au sein même de la narration d’assez nombreux prolongements, manifestes quoique discrets, de cet élément original. Ce sont, par exemple, des formules (telles que qi…ru ci, jie ci lei yé), par lesquelles l’auteur dégage des faits une sorte de loi. Ou bien des éléments anachroniques qui rompent la trame du récit et équivalent à un commentaire déguisé de l’événement : dans la biographie de Cao Cao, c’est par de tels sauts rétrospectifs dans un passé plus ou moins fictif que l’auteur souligne les grandes étapes de la carrière de son personnage (cf. la prophétie de Yin Kui, la conversation de Cao Cao et de Yuan Shao, SGZ 1).

Une autre rupture significative, quoique moins visible, du fil de la relation historique est le passage de la narration à la

(*) Programme de l’année 1970-1971 : I. Étude sur la rhétorique et la thématique de l’histoire, d’après le San-Kouotche. — II. Tradition et actualité dans l’œuvre poétique de Ts’ao Ts’ao.